Décidé le 04-12-1997Pourvoi n° 97-382.CIVsupreme
Persuasif
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Ce qui est jugé
Mais attendu que le litige portait non pas sur le paiement de somme d’argent, qui n’est pas de la compétence du Juge des référés, mais sur la livraison des véhicules achetés par PREMOTO, c’est-à- dire sur une obligation de faire, l’astreinte n’étant qu’un moyen de coercition du débiteur de cette obligation ; que dès lors, au sens du texte susvisé, la cause n’était pas obligatoirement communicable au Ministère Public ; d’où il suit que la Cour d’Appel n’a violé aucun texte ; que cette branche du moyen n’est pas fondée
Mais attendu qu’il est constant que le contrat de concession stipulait en son article 8.5 que « les parties peuvent, avant la remise du dossier à l’arbitre et exceptionnellement après, demander à toute autorité judiciaire des mesures provisoires ou conservatoires, sans pour cela, contrevenir à la convention d’arbitrage qui les lie et sans préjudice du pouvoir réservé à l’arbitre de ce titre. »
Mais attendu que le litige ne porte pas sur une demande de paiement de créance ; qu’il en résulte que cette branche du moyen n’est pas fondée ; 4
La Cour Suprême, Chambre Judiciaire, Section Civile, a rendu l’arrêt suivant :
Sur le pourvoi formé le 14 juillet 1997 par la société TOYOTA SERVICES AFRIQUE dite
T.S.A., Société Anonyme de droit ivoirien au capital de 3.000.000 de francs CFA, immatriculée au registre du commerce d’Abidjan sous le n° 192778 dont le siège social est sis à Abidjan, Immeuble JECEDA, cage D.01 B.P. 3983 Abidjan 01, ayant également un bureau provisoire Immeuble OPERA Zone 4, rue Chevalier de Cieu, agissant aux poursuites et diligences de son Président-Directeur Général, Monsieur Peter FITZSIMON, de nationalité britannique, demeurant à Abidjan, IBIS Marcory ; Pour laquelle domicile est élu en l’étude de ses conseils la SCPA KONATE-MOISE- BAZIE et KOYO, Avocats Associés près la Cour d’Appel d’Abidjan, y demeurant 30, Boulevard Carde, résidence LES HARMONIES, rez-de-chaussée, 01 BP 3926 Abidjan 01, Tél. : 22.77.53 / 22.75.02 ; En cassation d’un arrêt n° 912 rendu le 1er juillet 1997 par la Cour d’Appel d’Abidjan au profit de la Société Promotion de Représentation Automobiles dite PREMOTO, Société Anonyme de droit
2 ivoirien au capital de 1.000.000.000 FCFA, dont le siège social est sis à Abidjan Marcory, Boulevard Giscard d’Estaing, 15 BP 630 Abidjan 15, domicilié à Abidjan Cocody, Rue Les Hortensias ; Laquelle a élu domicile en l’étude de Maîtres KONE Mamadou et NGUESSAN KOUASSI Paul, Avocats associés à la Cour, y demeurant, Avenue Lamblla, Immeuble Bellerive, 01 BP 6421 Abidjan 01, Tél. : 33.22.45 / 33.14.75 ;
DEFENDERESSE AU POURVOI
La Cour, en l’audience publique de ce jour.
Sur le rapport de Monsieur le Conseiller BAMBA Lancine et les observations des parties ; Et après avoir délibéré conformément à la loi ;
LA COUR,
Vu les mémoires produits ;
Motifs
SUR LE MOYEN UNIQUE DE CASSATION
Pris en sa première branche, et tiré de la violation de la loi, erreur dans l’application ou
l’interprétation de la loi ;
Attendu qu’il résulte des énonciations de l’arrêt confirmatif attaqué (Cour d’Appel d’Abidjan,
Chambre Civile et Commerciale, 1er juillet 1997), que la Société PREMOTO, distributeur exclusif
jusqu’en 1996 des produits de la firme japonaise TOYOTA Motors Company (T.M.C.) a signé le 29
août 1996 avec la société TOYOTA Service Afrique dite T.S.A., créée en 1996, un contrat de
concession commerciale, comportant une clause compromissoire sous réserve de référer dans certaines
conditions ; qu’en avril et mai 1997, PREMOTO a commandé à TSA puis payé au comptant, suivant
les exigences de la Convention des parties, plus de deux cents véhicules, pour un montant supérieur à
deux milliards ; que, s’étant heurtée au refus de livraison de ces produits, elle assigna le concédant
devant le Juge des référés en délivrance desdits véhicules, sous astreinte comminatoire ;
Attendu que par ordonnance n° 2653 du 2 juin 1997, la juridiction des référés a ordonné la
délivrance à PREMOTO de l’ensemble des véhicules commandés par elle, sous astreinte
comminatoire de 5.000.000 de francs par jour de retard ;
Attendu que la Cour d’Appel a confirmé cette décision en ce qu’elle a ordonné la restitution par
la Société TSA des 226 véhicules détenus par elle, mais a reformé ladite ordonnance en relevant le
montant de l’astreinte à la somme de 50 millions de francs par jour de retard ;
Attendu que le pourvoi fait grief aux Juges d’appel d’avoir, en statuant ainsi, violé l’article 106
nouveau du Code de Procédure Civile, Commerciale et Administrative, en ce qu’ils n’avaient pas
obtenu au préalable les réquisitions du Ministère Public, alors que l’intérêt du litige était supérieur à
25 millions de francs, en tenant compte de la valeur des véhicules réclamés et du montant de
l’astreinte ;
Mais attendu que le litige portait non pas sur le paiement de somme d’argent, qui n’est pas de la
compétence du Juge des référés, mais sur la livraison des véhicules achetés par PREMOTO, c’est-à-
dire sur une obligation de faire, l’astreinte n’étant qu’un moyen de coercition du débiteur de cette
obligation ; que dès lors, au sens du texte susvisé, la cause n’était pas obligatoirement communicable
au Ministère Public ; d’où il suit que la Cour d’Appel n’a violé aucun texte ; que cette branche du
moyen n’est pas fondée ;
SUR LA DEUXIEME BRANCHE DU MOYEN
Attendu qu’il est encore fait grief à la Cour d’Appel d’avoir, en statuant comme elle a fait, violé
les articles 2 alinéa 3 de la Convention de New York sur l’arbitrage, 111 du contrat de concession
commerciale, 221 et 226 du Code de Procédure Civile, Commerciale et Administrative, alors d’une
part, qu’elle aurait dû se dessaisir au profit de la juridiction arbitrale et, d’autre part, qu’il y avait
contestation sérieuse, dans la mesure où, selon le pourvoi, il a été démontré que le compte de
PREMOTO était débiteur dans les livres de TSA, et que le Juge des référés ne pouvait statuer sans
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analyser au préalable les conditions d’application du contrat de concession, c’est-à-dire sans porter
préjudice au principal ;
Mais attendu qu’il est constant que le contrat de concession stipulait en son article 8.5 que « les
parties peuvent, avant la remise du dossier à l’arbitre et exceptionnellement après, demander à toute
autorité judiciaire des mesures provisoires ou conservatoires, sans pour cela, contrevenir à la
convention d’arbitrage qui les lie et sans préjudice du pouvoir réservé à l’arbitre de ce titre. »
Attendu que « les mesures provisoires ou conservatoires » dont il est fait mention sont les
critères traditionnels de compétence du Juge des référés, tel que spécifié à l’article 221 du Code de
Procédure Civile, Commerciale et Administrative, c’est-à-dire, en clair, que le contrat de concession
comportait une clause de référé, de sorte qu’il n’est pas exact de soutenir que les textes visés en cette
branche de moyens ont été violés, et que le Juge des référés aurait dû se dessaisir au profit de la
juridiction arbitrale ;
Attendu qu’en réalité, il s’agissait de savoir si le juge des référés n’a pas outrepassé ses
pouvoirs ;
Attendu que la Société PREMOTO, faut-il le rappeler, sollicite la délivrance des véhicules dont
elle était devenue juridiquement propriétaire, pour en avoir acquitté le prix, d’un montant total de plus
de 2 milliards de francs CFA, étant entendu que la non-exécution de cette obligation par TSA pouvait
entraîner l’asphyxie, et conséquemment, la faillite du concessionnaire ; que sur ce plan, il a été
démontré que beaucoup de ses clients, impatients d’attendre, ont annulé leurs commandes et que les
autres menaçaient de le faire s’ils n’obtenaient pas satisfaction ; que la mesure sollicitée était donc
urgente ; qu’elle était, en plus, provisoire en attendant la décision de la Cour arbitrale ;
Attendu qu’à l’appui de sa demande, PREMOTO a produit tous les documents justificatifs, en
particulier des correspondances par lesquelles le concédant reconnaissait avoir reçu le prix des voitures
commandées et promettait de les livrer, et le procès-verbal de constat de Maître BOUEDY, Huissier de
Justice à Abidjan en date du 07 mai 1997 ; que du reste, dans son pourvoi formé par exploit d’huissier
en date du 14 juillet 1997, TSA reconnaît que PREMOTO a acheté « plus de 200 véhicules ainsi que
des lots de pièces de rechange en avril et mai 1997, pour les montants facturés de 2.758.143.551 francs
(et pas 2.404.628.619 francs) ;
Attendu, sans doute, que la Société TSA affirme dans le même document, avoir livré lesdits
véhicules, alors que, précisément, les pièces ci-dessus énumérées démontrent le contraire ;
Attendu que tous ces faits résultent de l’évidence sur laquelle le Juge des référés s’est fondé
pour asseoir sa décision, de sorte qu’il n’est pas juste d’affirmer qu’il a préjudicié au principal ;
Attendu que TSA a encore soutenu que PREMOTO était débitrice dans ses livres, tantôt de plus
de 5 milliards de francs, tantôt de 2.144.240.128 francs ; que d’une part, TSA ne rapporte, là encore, la
moindre preuve et que, d’autre part, il est constant que le paiement au comptant était une condition
sine qua non des échanges commerciaux entre PREMOTO et TSA ; et que les contestations de celle-ci
étaient loin d’être sérieuses, parce qu’il ne pouvait y avoir ni dette à la charge de PREMOTO, ni donc
retard de paiement, ni violation du contrat, étant fait remarquer que pour TSA, chaque retard de
paiement constitue une violation de contrat ;
Attendu, dès lors, qu’il n’y a eu violation d’aucun texte de loi par la Cour d’Appel, que cette
branche du moyen n’est pas davantage fondée et doit être rejetée ;
SUR LA TROISIEME BRANCHE
Attendu qu’il est enfin reproché aux Juges d’Appel d’avoir violé l’article 1253 du Code Civil,
en ce qu’ils ont donné à PREMOTO le droit absolu de régler à son gré l’imputation des paiements,
alors que si « le débiteur de plusieurs dettes a le droit de déclarer, lorsqu’il paie, quelle dette il entend
acquitter », c’est à la condition de ne pas porter atteintes aux prérogatives du créancier ;
Mais attendu que le litige ne porte pas sur une demande de paiement de créance ; qu’il en résulte
que cette branche du moyen n’est pas fondée ;
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Dispositif
PAR CES MOTIFS
Rejette le pourvoi formé par la Société TSA contre l’arrêt n° 912 en date du 1er juillet 1997 de la Cour d’Appel d’Abidjan, Chambre Civile et Commerciale ; Laisse les dépens à la charge du Trésor Public ; Ordonne la transcription du présent arrêt sur les registres du Greffe de la Cour d’Appel d’Abidjan ainsi que sur la minute de l’arrêt entrepris ; Ainsi jugé et prononcé par la Cour Suprême, Chambre Judiciaire, Section Civile en son Audience publique du 14 décembre mil neuf cent quatre vignt dix-sept ; Où étaient présents Messieurs : BAMBA Lancine, Conseiller à la Chambre Judiciaire, Président Rapporteur, BOUAFFON Monney, YAO Assomma, Conseillers, MENSAH Kouan, Secrétaire. __________________________________________________________________________________
Sommaire de l’éditeur
Rédigé par OHADA.com Jurisprudence, et non par la
juridiction. Ce résumé n’a aucune valeur juridique : seul le texte
de la décision ci-dessus fait foi.
1 Ohadata J-02-84
- CODE DE PROCEDURE CIVILE IVOIRIEN- ASTREINTE PRONONCEE PAR
LE PREMIER JUGE DES REFERES - COMMUNICATION OBLIGATOIRE AU
MINISTERE PUBLIC (NON).
- ARBITRAGE - CLAUSE COMPROMISSOIRE – MESURES PROVISOIRES -
COMPETENCE DU JUGE DES REFERES (OUI).
Lorsque le litige porte, non pas sur la condamnation à payer une somme d'argent mais une astreinte sanctionnant une obligation de faire, il n'y a pas lieu à communiquer la cause au ministère public comme le prévoit l'article 106 nouveau du code ivoirien de procédure civile, commerciale et administrative.
En présence d'un contrat de concession stipulant une clause compromissoire et en son article
8.5 que « les parties peuvent, avant la remise du dossier à l’arbitre et exceptionnellement après, demander à toute autorité judiciaire des mesures provisoires ou conservatoires, sans pour cela, contrevenir à la convention d’arbitrage qui les lie et sans préjudice du pouvoir réservé à l’arbitre à ce titre. », la compétence du juge des référés est justifiée surtout si celui-ci ne touche pas au fond (Cour suprême Abidjan, Chambre judiciaire, arrêt n° 317/97 du 4 décembre 1997, TSA c/ PREMOTO, Revue camerounaise de l'arbitrage, n° 5, avril-mai-juin 1999, p. 16, note anonyme).
COTE D’IVOIRE
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COUR SUPREME
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CHAMBRE JUDICIAIRE
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AUDIENCE PUBLIQUE DU 04 DECEMBRE 1997
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Pourvoi n° 97-382.CIV en date du 14 juillet 1997.
Monsieur BAMBA Lancine, Président.
Arrêt N° 317/97
Quand un texte officiel existe en français ou en anglais, nous l’affichons ;
sinon nous en donnons une traduction, clairement signalée comme telle et jamais
présentée comme le texte officiel. Nous rendons chaque fonction IA aussi exacte que
possible, mais elle peut se tromper et ne constitue pas un conseil juridique :
vérifiez toujours le texte officiel cité.